On parle beaucoup du « cloud ». Mais le cloud pèse très lourd.

Par Gaël Mamou

Publié le · ~3 min de lecture

On parle beaucoup du  cloud . Mais le cloud pèse très lourd.

On parle beaucoup du « cloud ». Mais le cloud pèse très lourd. Il faut parfois revenir au sens physique des mots.

L’IA semble virtuelle.

On tape une question.

Quelques secondes plus tard, une réponse apparaît.

Pas de fumée.

Pas de moteur.

Pas de béton.

On pourrait presque croire que tout cela flotte réellement dans un nuage. Sauf que derrière chaque requête, il y a une infrastructure extrêmement matérielle. Des processeurs.

Des serveurs.

Des bâtiments.

Des transformateurs.

Des lignes électriques.

Du refroidissement.

De la fibre.

Des usines.

Des techniciens.

Et beaucoup, beaucoup de capital.

Les derniers indicateurs industriels permettent justement de voir cette réalité. Reuters rapportait début octobre que l’activité manufacturière dans plusieurs économies européennes et asiatiques bénéficie actuellement des investissements massifs liés à l’IA. La demande en équipements, composants électroniques et infrastructures participe au redressement de certaines activités industrielles. En Chine, la production manufacturière s’est également redressée après les perturbations précédentes. Reuters

Voilà le paradoxe que je trouve intéressant.

On nous présente souvent l’IA comme la technologie qui va dématérialiser le travail. En réalité, son développement actuel crée aussi une énorme demande de monde matériel. Même SpaceX chercherait actuellement plusieurs dizaines de milliards de dollars de financement, notamment pour acheter des puces Nvidia destinées à ses infrastructures d’IA. � Reuters

Donc non :

l’intelligence artificielle ne vit pas seulement dans le logiciel. Elle a besoin de béton.

Et cette observation intéresse directement quelqu’un qui travaille dans le BTP. Parce que chaque révolution numérique finit quelque part par demander : un local ;

une alimentation électrique ;

un système de refroidissement ;

un câble ;

une maintenance ;

une construction ;

une réparation ;

un nettoyage.

Même le futur doit appeler quelqu’un lorsque la climatisation tombe en panne. Cette réalité permet aussi de remettre un peu d’ordre dans le discours sur « l’IA qui remplace tout ». L’IA transforme certaines tâches.

Elle en automatise d’autres.

Elle détruit certains besoins.

Mais elle en crée également de nouveaux autour de l’infrastructure, de l’énergie, de la maintenance et de l’exploitation. L’ancienne vision séparait facilement deux mondes :

d’un côté les métiers « numériques » ;

de l’autre les métiers « physiques ».

Cette séparation devient de moins en moins pertinente.

Un chantier peut désormais utiliser de l’IA pour analyser des documents. Un centre de données utilise du génie civil.

Une entreprise industrielle utilise des agents logiciels.

Une entreprise de nettoyage intervient dans des bâtiments remplis de technologies avancées. Le numérique et le physique se mangent mutuellement.

Le rôle de l’IA, dans nos métiers, n’est donc pas de faire semblant que le terrain n’existe plus. Il est de mieux connecter les deux.

Prévoir une panne.

Analyser une consommation.

Optimiser un planning.

Détecter une dérive.

Transformer des observations terrain en données utilisables.

Mais au bout de la chaîne, quelqu’un doit encore installer, réparer, contrôler ou nettoyer quelque chose. C’est pourquoi j’aime assez peu l’expression « économie dématérialisée ». Il y a toujours de la matière quelque part.

Elle est simplement plus loin de l’écran.

La prochaine fois que quelqu’un vous explique que l’IA va rendre le monde entièrement virtuel, demandez-lui simplement où sont les serveurs. Dans votre secteur, quelle partie très physique de l’économie numérique reste aujourd’hui sous-estimée ? Je ne parle pas de l’IA depuis un bureau. Je parle de problèmes qui ont une odeur, un coût, un délai et parfois de la boue sur les chaussures. Et quand l’IA peut réellement aider à les résoudre, alors seulement elle entre dans l’histoire.